jeudi 24 juin 2010

Selon la définition du néant, c'est le non-être qui est à définir. Qu'est-ce que le non-être? L'être est dans le transcendantalisme un certain ordre fini et imparfait. L'être est dans l'immanentisme la production du désir antagoniste du néant (dénié). Le néant existe en tant qu'il n'existe pas. C'est la posture de conséquence (inconséquente) du nihilisme.
Dans le néanthéisme, l'être désigne l'ordonnancement, quand le non-être n'existe pas. De ce point de vue, le néanthéisme rejoint le transcendantalisme : il ne peut y avoir que quelque chose. Il ne peut y avoir rien. Par contre, il se démarque du transcendantalisme et intègre le nihilisme en ce qu'il reconnaît que la question du néant est centrale. Dans le transcendantalisme, la question du néant était rejetée avec un certain dédain, voire une certaine virulence. Le néanthéisme dit : le néant existe, en tant que quelque chose.
Selon le néanthéisme, l'être est de l'ordonnancement. Le non-être n'est pas ce qui n'existe pas contre ce qui existerait. Le non-être devient de l'être en enversion, soit une nouvelle définition du réel qui n'est ni l'englobement transcendantaliste, ni l'antagonisme nihiliste. Selon l'enversion, il faut bien que le néant soit quelque chose, mais la forme de l'enversion implique que le réel ne fonctionne pas de manière uniforme ou prolongeante, mais que le quelque chose obéisse à deux grandes structures : la structure de l'ordonnancement (finie) et la structure du néant (infinie).
Qu'est-ce que l'infini? Dans le transcendantalisme, l'infini pose problème car il est défini sur le même mode que le fini. Problème : si le fini est expérimentalement indiscutable, on ne peut pas en dire de même de l'infini... D'où la force de persuasion du nihilisme, qui part du constat d'absence de cet infini transcendantaliste (Dieu ou l'Être) pour définir en antagonisme l'englobement. Le nihiliste explique que l'infini est néant. Bien entendu, il a recourt généralement à des explications plus fuyantes, comme l'incréé chez Spinoza. Mais quand on considère que l'infini est indéfinissable ou qu'on recourt à des termes non définis, c'est un aveu de nihilisme.
Selon le néanthéisme, le néant est quelque chose, pour reprendre la conception du transcendantalisme telle qu'elle se trouve formulée par Leibniz (pourquoi quelque chose plutôt que rien?). L'enversion indique la raison pour laquelle l'infini n'est pas palpable et expérimentable pour des êtres finis. Si le fini ne perçoit pas l'infini, c'est qu'il en a par ses sens empiriques une représentation entièrement négative.
La tâche supérieure de l'homme consiste à dépasser les sens empiriques et à conférer à la raison une dimension qui n'est pas empirique. Une dimension qui permet de donner à l'infini une portée non négative, une portée incertaine et positive. L'infini se trouve définissable par la raison, mais de manière provisoire et imparfaite. Raison pour laquelle cet effort de définition n'est jamais tout à fait satisfaisant. Le nihilisme profite du caractère incertain de la définition positive de l'infini pour saper l'effort de définition et en revenir à une définition négative et empirique (sensuelle).
Le transcendantalisme s'effondre parce que la définition positive qu'il a produite s'avère désormais trop incertaine. L'englobement est plus incertain que positif. Il se fait évanescent, voire insaisissable. Du coup, l'effondrement du transcendantalisme fait le jeu de l'immanentisme. Si l'Être s'effondre, le néant refait surface. Il promeut non pas le néant explicite, mais le réel explicite en se targuant de désigner le réel le plus évident quand le transcendantalisme serait le discours portant sur les arrières-mondes illusoires.
Pour contrer l'immanentisme qui mène au néant destructeur (la seule positivité de ce néant nihiliste), il convient non pas de revenir au transcendantalisme, qui se trouve gangrené par l'immanentisme, mais de fonder un nouveau pacte religieux, dans le prolongement du transcendantalisme. Ce pacte néanthéiste redéfinit le quelque chose tout en continuant à estimer qu'il n'est de réel que du quelque chose. Mais le quelque chose passe d'un schéma d'englobement à un schéma d'enversion.
Dans ce changement, le néant se trouve reconnu. Qu'est-ce que le néant s'il est quelque chose? Le néant est ce qui n'est pas au sens où l'enversion désigne le néant comme l'envers de l'être. Le néant en tant que quelque chose est possible. Il est quelque chose - quoi? Contrairement à ce qu'estiment les nihilistes, que le néant serait désordre, le néant ne se définit pas par l'absence d'ordre. Encore que. Pas l'absence d'ordre au sens où il est un réel qui précède l'opération d'ordonnancement fini, mais que ce réel doit être défini positivement.
Le désordre signifie le contraire de l'ordre, soit un terme négatif (le suffixe dés-). La négativité contraire à l'ordre tend vers le chaos (le bordel cher à Rosset). La négativité sans positivité tend vers le néant nihiliste. Raison pour laquelle la position sceptique tend vers le néant. Le néant négatif est chaos au sens où il est quelque chose, mais quelque chose d'autre. Il n'est pas de néant qui ne soit. Ce qu'est ce qui est tenu pour ce qui n'est pas est : une chose accompagnée d'une fausse représentation, soit d'une dissociation entre l'être et la représentation.
Avec le nihilisme, l'erreur consiste à toujours en demeurer à l'ordre de l'être sans jamais aller au-delà. Comme le nihiliste ne va pas au-delà de l'être, il en conclut qu'il n'y a rien au-delà, soit que le néant est l'antagoniste de l'être. Si l'on ne peut aller au-delà, c'est qu'il n'y a pas d'au-delà. D'où l'apologie effrénée et inconditionnelle de la surface et de l'apparence par le nihiliste : on ne saurait qu'en rester aux apparences puisqu'aller au-delà, c'est butter contre rien.
Rosset distingue nettement entre le rien qui désigne quelque chose de vide et rien qui désigne une non réalité (un non être) dont la teneur est antagoniste de la teneur en être contenue dans le sensible imparfait. Dans l'enversion, cet au-delà existe. L'enversion permet d'aller au-delà de l'ordre et du sensible parce que le réel ne saurait jamais être formé que de teneur en quelque chose. Pour le néanthéisme, rien n'existe pas - précisément.
Qu'est-ce que le néant néanthéiste? Ce n'est ni du chaos (bordel), ni du désordre (sceptique). C'est de l'insécable, de l'unifié, de l'unique. Telle est la définition de l'infini, qui recoupe la définition du néant : de l'unifié. Face au morcelé ordonnancé en être fini, l'infini est du néant unifié. Plus qu'unique, Dieu est unifié. L'infini unifié est aussi l'incomplet. L'enversion explique cette complémentarité incomplète du néant infini et de l'être fini au sein de l'enversion : la complétude n'existe pas; le néant renvoie à l'unifié.

jeudi 20 mai 2010

Le changement intervient quand la finitudisation ne considère plus l'infini et tend de plus en plus à ne considérer que le fini.
Je précise que le modèle de destruction comme passage obligé dans le processus de changement n'est pas un modèle de destruction pure du type nihiliste. La destruction n'est jamais la fin. Quelqu'un qui se demandant ce qu'est le changement en viendrait à l'idée qu'il convient pour lui de détruire et que la construction viendra par la suite se trompe lourdement. Car la destruction qu'il occasionnerait sera effective. Quant au changement, fort du principe selon lequel la nature a horreur du vide (au sens de néant nihiliste), il sera aussi effectif qu'étranger au destructeur - et à la destruction.
Le modèle ordo ab chao (sous sa formulation politique impérialiste diviser pour régner) est faux. Pour une raison simple : le chaos positif n'existe pas. On ne peut pas détruire pour construire dans le sens où la destruction est un passage dans le processus, jamais une fin. La fin d'un processus de construction ou de création tient au changement, soit à l'édiction de nouveaux principes. La destruction nihiliste tend à finitudiser le réel, soit à considérer que le changement existe de manière contradictoire : lui qui serait à la fois changement serait aussi maintien dans l'ordre donné (qui est l'ordre unique ne tant qu'il est fini).
Le nihilisme veut à tout prix conserver l'ordre tel qu'il est, soit changer sans changer. D'où sa théorie contradictoire de l'ordre par la destruction. Tout changement implique le remplacement au moins progressif de l'ordre. Tout changement exprime l'intégration de l'infini dans un donné. Cette intégration suppose bien des chamboulements et des désordres, mais le processus n'est pas commandé par la destruction. Il est guidé par le principe de l'infini qui est d'être quelque chose. Diminuer pour croître : détruire pour décroître. Le changement se manifeste par l'accroissement, quand la destruction décroît. La destruction ne change pas, mais à quel prix : elle engendre du coup la destruction totale, la destruction de l'ordre voulant se sauver.
Le néant néanthéiste s'oppose au néant nihiliste.
L'avantage du nihilisme, c'est qu'il a mis sur la table la question du néant.
Le transcendantalisme avait évacué le bébé avec l'eau du bain. Le transcendantalisme évacue le hasard et derrière le rôle marginal dévolu au hasard, il faut voir dans le hasard le prête-nom, voire le masque (attirail typiquement vénitien revendiqué par Nietzsche), que joue ce terme - en faveur du néant.
La pérennité du nihilisme dans le comportement humain tient en fait à l'existence du déni (le déni désigne un refus du réel). Déni à propos de la question du néant. Si horrifiés par cette question, les transcendantalistes ont remplacé le mot néant par l'Être avec une interdiction formelle d'aborder la question qui fâche. La réaction d'un Platon à ce sujet est symptomatique : la censure dont il frappe Démocrite (avec raison sur le fond du débat) va de pair avec le traitement criminel de son maître Socrate et de ses idées.
Il n'est pas envisageable à l'intérieur du transcendantalisme d'admettre ne serait-ce qu'hypothétiquement la question du néant. Ce rejet violent, cet ostracisme intransigeant s'expliquent parce que la question du néant n'est pas envisageable pour le transcendantalisme. Qu'est-ce que la structure de pensée du transcendantalisme? C'est l'englobement. Si le sensible est une partie du tout, alors le réel parcellaire qu'est le sensible est forcément englobé par une forme englobante qui est son prolongement englobant.
Dans cette conception de structure, l'Être est le prolongement englobant de l'être : le hasard et le néant n'y ont pas leur place. La question du néant se trouve ainsi refoulée alors qu'elle est centrale. La pérennité du nihilisme vient précisément du fait que la question centrale qu'il met sur la table est rejetée sans examen, dans le déni. Qu'est-ce qui expliquerait la viabilité de la question nihiliste - en même temps que l'incapacité du transcendantalisme à éradiquer la survivance du nihilisme?
1) L'Être n'est pas défini ni définissable.
2) Le schéma structurel du nihilisme repose sur l'antagonisme irréconciliable néant/réel.
Or le succès du nihilisme tient précisément au fait que l'on sent dans l'expérience quotidienne que l'englobement comporte au moins une faille majeure dans son hypothèse théorique : il existe une différence dans la structure du réel sans quoi ce que l'on nomme Être et qui est prolongement serait palpable, visible, de l'ordre de l'expérience.
La critique qui peut être adressée au nihilisme tient à la certitude que prétend apporter le nihilsime ne tant que modèle supérieur (par rapport au modèle alternatif et majoritaire de type transcendantaliste) : à quel prix (quelle exigence) obtient-on cette certitude? La méthode nihiliste réduit pour garantir la certitude.
Son raisonnement pourrait s'énoncer comme suit : pour obtenir de la certitude, le mieux est encore de choisir du certain à tout prix, soit de réduire le champ du réel au spectre du connu le plus irréfutable. On obtient de la sorte un réel si réduit qu'il crée du néant du fait de la réduction forcenée qu'il opère. C'est-à-dire que le nihilisme obtient le résultat inverse de ce qu'il promet et promeut : en guise de certitude, son opération de magie noire et de charlatanisme crée le maximum d'incertitude.
Sous prétexte de créer de la certitude on a crée de l'incertitude sur le mode : on obtient un maximum d'incertitude sous prétexte d'un maximum de certitude. La supercherie tient à l'opération qui garantit (certifie) : la certitude s'obtient au moyen de la réduction. Le maximum de certitude ici invoqué comme principe de précaution (plus ou moins similaire dans le raisonnement) consiste à accréditer un maximum d'incertitude pour valider un maximum de certitude. Dans les faits, cette opération irrationnelle et perverse aboutit à définir comme réel certain le réel le plus immédiat et fini alors que cette réduction libère la place à un réel indéfini et chaotique (l'espace dénié du néant).
Le nihilisme crée le déni de néant. C'est particulièrement ce qui se produit chez le saint de l'immanentisme Spinoza. Le nihilisme correspond de fait à un refus de dépasser l'immédiateté, soit à l'immédiateté posée comme réel. Le néanthéisme consiste à ajouter à la réponse transcendantaliste (au défi nihiliste premier) la question du néant. Comment concilier la question du néant au quelque chose? Comment concilier Leibniz et Spinoza, Platon et Aristote? Pas en imitant le compromis de facture nihiliste; en comprenant que le nihilisme de toutes les époques met sur la table la question du néant.
En comprenant que cette question du néant bouleverse la question ontologique classique, de facture transcendantaliste, en mettant en évidence les limites dépassées du transcendantalisme, en particulier son modèle d'englobement (Être/étants). On le remplace par le modèle d'enversion, qui considère que le néant est quelque chose (le néant n'est pas rien, assertion du nihilisme), mais qu'il n'englobe pas le réel. Au contraire, s'il l'englobait, on le connaîtrait. Le caractère inconnaissable de l'Être englobant indique son inexistence en tant que telle - et c'est de la sorte que le nihilisme immanentiste détruit le transcendantalisme et entend le remplacer.
Seuls des modèles posant que seule l'existence existe sont valables - c'est en ce sens qu'avec ses limites le transcendantalisme fonctionne en réponse au nihilisme. Le nihilisme ne saurait fonctionner car il pose qu'à côté du quelque chose coexiste rien, soit un modèle antagoniste. Le nihilisme prospère souterrainement et avec des compromis en pointant du doigt les limites (énoncées) du transcendantalisme. En gros, le nihilisme se targue d'être supérieur car il serait le seul à évoquer la question du néant.
L'ontologie classique dénie le néant et le nihilisme (qui est l'ontologie du déni) parle du néant de manière fausse. Reconnaissons au nihilisme son mérite : aborder la question du néant. Et donnons au néant l'inflexion qu'il mérite. Sa reconnaissance passe par sa définition dans le quelque chose. Si le néant est quelque chose, le nihilisme est caduc. Vive le néanthéisme!

dimanche 18 avril 2010

Il n'est que deux réels, des jumeaux complémentaires et imparfaits - pas des jumeaux identiques et parfaits. Le réel que nous connaissons est le sensible. Il est complété par le néant néanthéiste.
Ce réel possède d'innombrables inter-divisions et interconnections que nous prenons souvent pour d'autres mondes.
Contrairement à l'assertion platonicienne (héritage de conceptions africaines et égyptiennes), nous ne constituons pas la dernière strate d'un corps que nous nommons l'univers ou le réel. Nous appartenons à une certaine strate, mais l'emboîtement de ces strates est indéfini. Raison aussi de l'état d'esprit nihiliste : le sentiment de vanité de notre condition résulte du caractère indéfini de l'emboîtement et de la superposition des strates.
Au seul point de vue humain (représentation dans une certains strate), d'autres représentations inférieures comme les représentations animales peuvent présenter des types de représentation du réel qui ne prennent en compte que certains éléments parmi ceux à la disposition spécifique de l'homme. Si l'on considère certaines formes de vie éloignées de l'homme (à sa connaissance), comme celles de molécules, on se rend compte que :
1) l'homme est constitué de formes de vivants plus petites, dans une spirale indéfinie;
2) ces petites formes de vie ignorent des formes de vie qui leur sont trop supérieures, parce qu'elles ne disposent pas des moyens adéquats de se représenter le réel avec ces formes de vie.
Leur représentation du réel se trouve réduite et déformée. De ce fait, il est fort à parier (pour le répéter) que l'homme ignore à son tour des formes de vie supérieures et qu'il fasse partie d'autres corps (d'autres organismes), ainsi que le pensait Platon, à ceci près que cette structure d'emboîtement, à la manière des poupées russes, n'est pas ultime au-dessus du niveau de réalité ou de représentation de l'homme - mais qu'elle est indéfinie.
Il est tout autant à parier que l'homme réduise et déforme les formes de réel supérieures dont il en peut percevoir l'existence, au mois sous une forme adéquate. La disjonction entre les formes de vie inférieures à l'homme et l'homme lui-même se répercute à un niveau supérieur - l'homme ne se trouve pas en mesure de pénétrer l'existence de formes de vie supérieures qui ne sont pas constituées sur le même mode (de manière parallèle et linéaire) que les formes de vie du monde humain.
Le fait que la connaissance soit possible indique que la disjonction dans le réel est inférieure à la conjonction. Contrairement à la mentalité essoufflée et du nihilisme qui relativise dans la mesure où elle fragmente, la connaissance est possible de manière non relativiste (contrairement à ce qu'enseignait le sophiste Protagoras en particulier). Les parties hétérogènes sont toujours reliées entre elles; les phénomènes de différence et de disparité irrécusables sont englobés sous un principe d'union qui leur est supérieur de très loin.
Du coup, il n'est que deux types de réel : deux réels incomplets. Nuance d'importance. Il n'est un réel que dans l'ordre sensible. Mais il est deux réels. C'est le principe de l'enversion néanthéiste qui affine et renouvelle l'Un transcendantaliste en reprenant la théorie nihiliste tout en supprimant l'antagonisme sensible/néant et la définition du néant positif.
1) Le réel sensible se décline sous une indéfinité de formes interconnectées et parcellaires.
2) Le néant pur, qui est le divin et qui engendre du fait de son incomplétude (par nécessité d'incomplétude) le sensible complémentaire.
(Ce néant incomplet se distingue du tout au tout du néant pur de type nihiliste. Le néant nihiliste n'existe pas quand le néant néanthéiste existe et participe de cette existence si mystérieuse).
Cette dualité réduplique la disjonction en ce que les deux formes complémentaires de réel se distingue, mais pas sur un mode antagoniste et inversé - où chaque réel serait égal quoiqu'opposé. Sur un mode enversé et complémentaire où l'un ne peut être sans l'autre. Le réel sensible est toujours fini. Le réel néanthéisé est lui éternel. L'éternel étant incomplet, le fini lui est adjonction nécessaire. Nous avons affaire à deux formes de réel dont la distinction se traduit par l'existence de l'infini pur envers du fini multiple et indéfini. La représentation néanthéiste explique la coexistence de théories aussi diverses que parfois explicitement contraires (le réel un quoique double, le réel moniste et holiste, les univers parallèles, etc.).
L'important est de définir le réel et de ne pas opérer de distinctions abusives. Il y a distinction abusive quand on distingue ce qui est relié sans disjonction (comme les mondes finis et sensibles emboîtés de manière indéfinie). Il y a distinction quand on peut séparer deux domaines, comme le fini et l'infini. Peut-on estimer que les deux réels infini/fini se retrouvent reliés entre eux par leur incomplétude complémentaire? Leur unité tient à leur complémentarité, qui fait que la connaissance des mondes finis engendre la connaissance de l'infini (incomplet selon le néanthéisme).
De ce point de vue, il y a bel et bien unité générale. Mais il y a aussi disjonction dans le cadre de cette unité. L'unité tient à la présence, qui est générale, tant au sensible fini qu'au néant infini. La disjonction tient à l'expression de l'enversion complémentaire. Le complément de l'infini est le fini. Le lien entre l'infini et le fini n'obère en rien la disjonction fini/infini. Si la connaissance légitime l'unité, la disjonction explique la diffusion sur le mode de de la complémentarité (néanthéisme), non de l'antagonisme (nihilisme).
1) D'un côté, le réel est éternel et unique, comme le montre le lien entre le néant et le sensible et l'éternité du néant.
2) De l'autre côté, nous avons un sensible pluriel et fini, qui ne cesse de donner raison à la théorie pré-socratique et physique de l'Éternel Retour, selon laquelle les mondes finis se succèdent les uns aux autres de manière indéfinie (théorie soit dit en passant autrement plus sérieuse et fiable que la reprise nietzschéenne et psychologique sous la forme d'un test grotesque et diabolique).
La pluralité des mondes va de pair avec l'unicité du monde. Si l'on définit la pluralité des réels comme le fait que leur coexistence n'est pas possible, seuls deux réels sont envisageables. Dans l'ordre de l'ordonnation de nature sensible, la pluralité des mondes est réduite à l'unicité du réel sensible incomplet du fait que tous les mondes s'interpénètrent, s'enchevêtrent et s'imbriquent, à la manière des poupées russes. La dualité du réel s'explique par son incomplétude. Si l'on peut ramener le sensible à l'unicité d'un réel, il importe de considérer que cette unicité allant de pair avec son incomplétude, elle n'est possible qu'avec l'adjonction logique non d'un englobant enfin complet et parfait (selon la thèse transcendantaliste), mais d'un complément inférieur et un, le néant néanthéiste, soit le néant qui n'est pas néant positif mais qui est quelque chose, quelque chose de chaotique, d'indivisible et d'existant à l'état lui aussi d'incomplétude.
La dualité du réel est au final le plus pertinent modèle du réel, mais une dualité qui n'est ni englobante, ni antagoniste (sur le modèle nihiliste). C'est une dualité complémentaire, sur le modèle de l'enversion.

samedi 17 avril 2010

Si l'on examine les modalités du changement, le rien renvoie à la chose. Une chose informelle, réduite - une chose. Le néant est quelque chose. Quelque chose - d'informel : quelque chose à l'état d'incomplétude pure. Quelque chose sans ordonnancement. Quelque chose qui a du fond sans forme. Si le rien renvoie à quelque chose, la première leçon du transcendantalisme comme de l'ontologie, c'est que le néant pur (positif) n'existe pas. L'absence pure n'existe pas. Le langage ne parvient d'ailleurs pas à exprimer le néant sans l'associer de manière antithétique à l'existence, soit au quelque chose!
Non seulement le nihilisme repose sur l'erreur fondamentale la plus obvie, et l'on comprend l'opposition stricte du transcendantalisme (dont la colère mémorable de Platon contre les sophistes ou Démocrite), mais encore le changement implique que l'on passe de quelque chose à autre chose, soit qu'une évolution se produise dans l'ordonnancement. Du coup, outre le processus de diminution qualitative (au niveau du néant incomplet et néanthéiste), la dynamique de destruction apparaît comme la condition au changement. Détruisez, il en restera toujours quelque chose. Le Christ ne dit-il pas : détruisez ce temple et en trois jours je le relèverai?
La destruction est la condition sine qua non à la construction. Quand on construit, on crée. L'acte de création renvoie à l'action d'instaurer quelque chose à partir de rien. Bien entendu, on peut estimer que le néant provient du rien pur - que Dieu opère un acte quasi magique de création à partir de rien. Si l'on affronte l'interrogation leibnizienne (pourquoi quelque chose plutôt que rien?), on en arrive à l'idée que le rien est toujours quelque chose. Créer à partir de rien, c'est ordonner quelque chose d'informel, donner au chaos forme. Une forme.
La destruction est l'opération préalable qui engendre la création. Le rituel du sacrifice instaure la pratique, avec l'idée que l'on brûle (plus largement que l'on détruit) pour permettre la création à partir de l'informel. Pour que la forme revienne, encore convient-il de détruire préalablement. Encore convient-il de préciser que l'acte de destruction ainsi compris n'est pas la destruction cataclysmique synonyme de disparition. Il n'est pas question d'appeler à la fin du monde, ou à la fin de l'homme (dans un sens littéral plus que philosophique), mais à la fin d'un monde, soit à une disparition comprise dans les bornes du monde de l'homme et ne touchant en aucun cas à l'intégrité de l'homme lui-même (encore moins du monde comprenant le monde de l'homme présent).
Il convient de distinguer entre la destruction totale, qui englobe l'ensemble du monde de l'homme, et la destruction partielle, interne au nom de de l'homme. Quand l'homme recourt à la destruction pour construire, il utilise deux repères :
1) il détruit en proportion de ce qu'il veut (re)construire;
2) il détruit généralement ce qu'il aime en fonction de ce qui le concerne.
L'esprit du sacrifice est présent dans la destruction. Le sacrifice antique permettait de changer le cours du réel au profit du sacrificateur. L'abolition du sacrifice dans le monothéisme indique que le monothéisme estime que le changement est constitutif du divin (le divin est l'autre), voire que le monothéisme n'a pas besoin de changement extérieur à sa propre forme.
Raison pour laquelle les grands changements s'opèrent suite à de grandes violences, des destructions, des révolutions, des bouleversements : pour changer, encore convient-il de commencer par - détruire. Avec une précision d'importance : le changement que suppose la destruction n'est jamais un changement favorable à l'ordre en place. En détruisant l'ordre en place, on favorise l'avènement d'un autre ordre - pas le maintien de cet ordre. C'est l'esprit du sacrifice qui prétend moins changer que d'empêcher le bouleversement de l'ordre contenu dans le changement. Changer en conservant les données.
La destruction est l'opération première du changement. La deuxième condition est que l'esprit du changement implique la mutation de l'ordre, voire son remplacement. Plus la destruction est importante, plus le changement s'annonce important. Mais la destruction n'est-elle pas que l'opération négative du changement - impliquant l'opération positive de construction ou de reconstruction? Au risque de jouer du paradoxe, j'oserai que le positif est plus contenu dans l'opération de destruction que le négatif.
Je veux dire : le négatif n'implique pas le passage au positif et ne propose rien d'autre que son œuvre négative. Destruction totale. Toute destruction partielle est déjà positive ou constructive. De la destruction pour de la destruction : une entreprise négative de destruction ne provoquerait pas la construction. Elle se résumerait à une destruction d'ordre cataclysmique. Le fait que la destruction accouche de la construction indique que c'est une destruction qui est opérée dans le but de permettre (relancer) la construction à venir.
La destruction sert le changement sans quoi elle se limiterait au spectacle désolant de la fin du monde. Le changement est le passage d'un monde à un autre (dans un sens proche de l'Éternel Retour d'ordre physique propagé par les pré-socratiques). Le changement est spécificité humaine : les autres espèces animales ne changent pas. Elles ne sont pas capables de changer, c'est-à-dire qu'elles ne sont pas capables d'intégrer un principe extérieur qui modifie leur ordre donné. L'homme change car il est capable d'intégrer des principes extérieurs, en reconnaissant que son monde n'est pas l'intégralité du réel.
L'opération de destruction s'intègre dans ce processus d'échange au sens qu'il sert le changement. On commence par désintégrer pour mieux intégrer. La destruction appartient à l'opération d'ensemble du changement, dont elle constitue une sorte de propédeutique. Pas de changement sans destruction. La destruction avec changement diffère du tout au tout de la destruction sans changement (définitive). L'on ne détruit pour changer que par rapport au changement. Tout se passe comme si les conditions du changement n'étaient pas calculées ou pensées par des hommes, mais que le changement se produisait en fonction d'intérêts qui proviennent du réel.
Le changement nous confronte à la problématique du divin. Le changement, c'est le divin. La destruction appartient à ce plan d'ensemble. Comme elle n'est pas calculée par l'homme, la destruction du milieu de l'homme indique l'importance et l'ampleur des changements. Plus la destruction est importante, plus le changement s'annonce considérable. Quelle est la loi de destruction qui explique que la destruction soit un paramètre régissant l'homme tout en lui échappant? Cette destruction est fonction de la fixité ou de la stabilité accordée par l'ordre humain à lui-même.
Plus l'homme d'un ordre estime son ordre immuable, plus il fonde un ordre destiné à être détruit et à connaître un changement important. C'est ainsi que notre ordre a tellement sombré dans la démesure, soit dans la fixité et l'adhésion à son caractère immuable, qu'il s'est constitué dans en forme de puissance babellienne et que le changement qui est à notre porte s'avère de la plus haute importance. Sans doute sommes-nous confrontés au plus grand changement de l'histoire humaine. Sans doute la destruction sera-t-elle cette fois la plus importante puisque la destruction préfigure au changement et appartient à son processus. Plus on refuse le changement, plus on le prépare. Loi de la destruction positive.

mardi 23 mars 2010

La mort néanthéiste nous confronte à l'incomplétude de tout ordre doublé de l'incomplétude fondamentale de Dieu. Contrairement à ce qu'estime une nouvelle recherche scientifique soudain investie des pouvoirs de la science-fiction fantasmatique, nous ne nous situons pas dans un dédale d'univers parallèles superposés et/ou coexistants, qui constitueraient le tout présent (simultané) du réel. Au contraire, nous vivons dans un ordre qui est présentement le tout de notre expérience et qui ne se déroule pas en même temps que la myriade infinie et indéfinie des autres ordres. L'incomplétude suppose que l'ordre incomplet donné soit le seul ordre donné en même temps que l'incomplétude viscérale du néant que nous appelons divin et qui ne cesse d'exister par-delà les nécessaires ordonnations. Quant aux autres ordres, ils existent en nombre infini. Mais pas en coexistence. Les uns indépendamment des autres - à la suite les uns des autres, pour s'exprimer en termes de temps. Nous passons d'un ordre à un autre. C'est le principe de la réincarnation. La réincarnation néanthéiste ne se déroule pas dans le même monde ou dans le monde unique. Elle intervient dans le déroulement infini et non superposable des ordres/mondes. On passe d'un monde à un autre, indéfiniment. C'est le principe de l'éternité. L'éternité est le couplage de l'ordonnation finie et incessante avec l'existence incomplète et éternelle d'un ordre de néant pur, le divin. La seule coexistence se déroule entre cet ordre unique quoique appelé à toujours changer et ce néant toujours incomplet. C'est l'état auquel correspond la simultanéité de l'éternité chère aux théologiens chrétiens.

lundi 8 mars 2010

Qu'est-ce qu'une identité? Une identité se forme quand on peut opposer un intérieur et un extérieur.
L'opposition se traduit par la différence de nature entre cette limite qui forme le groupe. Qu'est-ce qui soude un groupe? Le groupe est un corps ou une volonté générale. La force supérieure de la volonté générale sur la volonté individuelle indique la différence entre l'individu et le groupe : l'homme en groupe présente plus de capacité de pérennité et de solidité que l'individu - seul. Sur sa planète, qu'il est appelé à quitter s'il veut subsister, l'homme est le plus fort des animaux en tant que groupe. C'est sa faculté à proposer une volonté de type général qui lui confère sa supériorité. Seul, il ne serait qu'un pantin vite disparu. La supériorité de l'homme sur les autres animaux vient de sa faculté à se mouvoir dans un type de réel qui n'est pas fixe, mais qui est dynamique. Soit l'homme croît; soit il décroît. Dans la notion de groupe, cette supériorité se traduit par une faculté à associer à un territoire circonscrit et donné une certaine idée, une certaine conception.
L'identité naît de cette faculté à se réclamer plus d'une idée que d'un lieu tout en combinant l'idée au lieu, au point que le lieu désigne l'idée et que la représentation d'un peuple concorde avec une certaine représentation idéelle. L'identité collective crée un fondement supérieur à l'identité singulière en ce que l'identité singulière s'en tient à l'identité sociale et que cette identité sociale s'ancre sur le physique. L'identité individuelle s'ancre sur l'immédiateté physique comme l'identité du groupe s'ancrerait sur le territoire géographique donné. Dans les deux cas, nous nous mouvons dans une approche statique et finie du fondement identitaire.
L'identité individuelle est tronquée : elle ne possède pas d'extériorité. Elle est centrée sur son intériorité. Cette identité individuelle débouche sur des mésalliances de groupes, dont le fondement demeure quoi qu'il arrive l'individu. Ce sont les factions, soit des regroupements non réussis où l'addition des volontés singulières ne débouche en aucun cas sur l'édification d'un groupe, soit d'une volonté générale. Le groupe ne peut se constituer qu'avec une extériorité qui soit perçue comme étrangère.
Sans cette tension entre l'intérieur et l'extérieur, le groupe ne se forme pas. L'intérieur pur débouche sur la staticité de l'impérialisme, soit sur des factions qui s'opposent à la constitution (dans tous les sens du terme) d'un groupe/d'une volonté générale. Telle est l'idée qui constitue le groupe : une idée n'est pas un objet défini, statique et délimité. C'est une dynamique qui pousse vers l'extérieur. Si l'impérialisme des factions débouche sur l'individualisme et sur une limite infranchissable, qui est le monde de l'indépassable, la dynamique du groupe pousse l'homme à ne jamais s'en tenir à une certaine limite.
Le groupe croît toujours. Les limites sont faites pour être dépassées. Considérer qu'une limite est indépassable est une approche fausse, statique, impérialiste. Cette évolution physique va de pair avec une théorisation proportionnelle à l'accroissement physique. L'idée qui croît en importance devient plus importante que le territoire. Le polythéiste est regroupé en groupes tribaux. L'homme monothéiste croît vers l'idée de nation, qui associe le territoire à une certaine idée.
La croissance (plus idéelle que physique) s'oriente vers la mondialisation. L'étape suivante du groupe est orientée vers l'espace. Le salut de l'espèce. La prochaine évolution du groupe accroîtra encore la part de l'idée par rapport au territoire. L'unité de territoire sera la planète, étant entendu que le but est de coloniser l'espace. Plus le groupe évolue, plus l'idée s'impose sur le territoire. La constitution de l'État-nation sanctionne cette évolution qui veut que la prochaine étape regroupe les territoires sous l'idée d'homme. On sera passé d'une conception initiale tribaliste où l'homme est l'étrange étranger s'il n'est pas compris dans la limite tribale à une conception où tous les hommes sont intégrés dans la dimension identitaire.
Dans les conceptions précédentes au groupe planétaire, l'extérieur correspond à l'humain. Dans la conception du groupe planétaire, l'extérieur correspond au non humain. L'étranger est le non humain. Le non humain est intégré au domaine de l'identité. Pour que l'homme évolue, il doit s'appuyer sur une conception religieuse qui lui indique un domaine fini qu'il puisse conquérir. Le religieux énonce le champ de ce fini à conquérir et y ajoute un horizon supérieur qui correspond à l'infini.
Reste que l'identité ne se manifeste jamais par rapport à l'intériorité, mais par rapport à l'extériorité. L'intériorité exclusive (pure) traduit une détérioration de l'identité qui n'est plus une identité collective (comprise sous le terme de volonté générale) et qui est une identité incomplète. L'intérorité exclusive met à mal la conception nécessairement imparfaite et incomplète de l'identité. Pour les immanentistes, l'identité comme le désir sont complets. C'est bien entendu faux et ils sont incapables de démontrer leur mensonge assumé, voire assuré.
L'incomplétude de l'identité implique que l'identité tende vers le changement, soit vers l'accroissement (pour qui est mû par l'instinct de conservation, la décroissance exprimant l'instinct de mort). L'incomplétude identitaire (l'incomplétude de la partie) se compense par la notion de croissance. Raison pour laquelle le nihilisme exploite la carence sémantique pour légitimer ses erreurs : complétude de l'identité fondée sur le désir ou stabilité oscillant selon les époques avec la décroissance plus ou moins assumée.
L'identité est mise à mal par le refus d'extériorité, qui légitime la domination sur l'espace clos, fini et figé; l'incomplétude est légitimée par sa nécessité travestie et par l'impossibilité (catégorie nihiliste) du changement. Au final, l'identité tronquée et lacunaire n'est pas tant une identité incomplète (ce que l'identité est dans tous les cas) qu'une identité figée, sclérosée et impossible. Une identité qui parce qu'elle est figée se commue en besoin d'irresponsabilité, soit de sans cesse refuser d'assumer son identité en démultipliant les identités lacunaires et nihilistes.
Identités non identifiées? Contre l'identité parcellaire et manquée de l'intériorité, l'identité orientée vers l'extérieur est l'identité qui permet de préserver le mode de fonctionnement spécifique de l'homme, selon lequel le réel est infini et le réel fini constitue un mythe aussi pernicieux que fallacieux.