mardi 2 février 2010

Les nihilistes croient dans le néant en tant que néant parce qu'ils cherchent à compléter l'incomplétude de leur représentation. Les nihilistes n'ont pas été capables de conclure que s'ils constataient l'incomplétude, c'est qu'il y avait l'incomplétude. Au contraire, ils s'embarquent dans des chimères de plus en plus perverses, selon lesquelles l'incomplétude signe en fait la complétude. C'est le cas de leur désir qui devient complet sans rien changer par rapport à la définition transcendantaliste du désir. Bientôt, ils sont démentis par la destruction qu'ils engendrent du fait de la fausseté manifeste de leurs représentations. Pour comprendre l'alliance de la dynamique entropique et de la diminution, il convient d'intégrer que la structure du réel est modelée sur le néant. En tant qu'incomplétude, le réel est plastique, mouvant, changeant. Le néant appartient à la structure du réel qui permet la plasticité indéfini et constante. La présence du néant au sein du réel indique que le réel n'est pas une structure finie. Le réel est par définition infini, c'est-à-dire que l'infini signifie que le réel porte en lui une faculté de changement constant. L'infini ne signifie pas la complétude ou l'imperfection. Il signifie l'incomplétude et l'imperfection, qui sont les seules valeurs susceptibles d'engendrer le changement, l'entropie et les processus que l'on vérifie dans le réel et que l'on peine à expliquer dans un schéma de complétude de type transcendantaliste.

lundi 1 février 2010

Dire que le néant n'existe pas à l'état pur, c'est couper l'herbe sous le pied des nihilistes. Pourtant, les nihilistes ont fait une découverte. Ils l'ont mal exploitée. Leur trouvaille se manifeste dès l'Antiquité, quand germe le monothéisme et que bouillonne en réaction la crise sophiste. Leur innovation, c'est le néant. Le néant existe. Ils veulent dire : la complétude de l'Être n'existe pas. Ce qu'ils prennent pour du néant pur n'est pas du néant pur. Mais leur approche nihiliste possède le mérite de dégommer le mythe de la complétude contenu dans le Dieu unique et dans son jumeau ontologique l'Être. L'erreur nihiliste est plus importante que l'erreur qu'ils dénoncent dans le transcendantalisme : le transcendantalisme est viable malgré son erreur de la complétude; quand le nihilisme n'est pas viable à cause de sa croyance diabolique dans le néant (en tant que néant). Le nihilisme ne fait que transposer l'erreur de la complétude en y ajoutant son néant en lieu et place de Dieu. Le nihilisme déplace tant le débat qu'il le place sur le terrain de la philosophie pure (ontologie) en faisant mine de dépasser radicalement la forme religieuse dépassée. En réalité, le nihilisme continue d'adhérer à l'erreur transcendantaliste de la complétude, en l'aggravant radicalement. Le nihilisme est l'expression de l'erreur radicale. Il postule que la complétude existe - puisqu'elle correspond au néant. La complétude n'existe pas. Telle est l'approche néanthéiste : le néant n'existe pas en tant que tel, mais en tant que mélange constant de la forme incomplète du néant avec les formes complémentaires et incomplètes de l'être.
C'est dire que le néant est incomplet et que toute forme de réel est incomplète. Une précision : l'incomplétude ne signifie pas l'inexistence ou la nullité. Elle indique que l'infini n'existe pas. L'infini est inconcevable parce que l'infini n'existe pas. L'infini est incomplet. La seule chose qu'il faut ajouter pour saisir la structure de l'ordonnancement, c'est que si le néant n'existe jamais à l'état brut, par contre le principe de l'incomplétude implique que l'ensemble de tous les ordres finis ne correspondent jamais à un ordre figé, stable et non changeant. La présence de l'infini incomplet explique le caractère entropique du réel : le réel croît parce qu'il repose sur une structure d'incomplétude qui permet toujours le changement. A noter que l'incomplétude du néant implique le principe de croissance par diminution, alors que le principe classique du prolongement supposait que l'on croisse en augmentant.

samedi 9 janvier 2010

Le secret du néanthéisme, c'est que l'infini n'existe pas. Seul le fini existerait? En un sens - oui. En un sens seulement, car l'infini existe à l'état d'abstraction. Il n'est pas question de sombrer dans les errances du nihilisme, selon lequel le réel est fini. Il s'agit de constater que l'infini n'est pas définissable parce qu'il n'existe pas en tant que tel. On ne peut comprendre l'infini qu'à l'aune de l'incomplétude. Dans le raisonnement transcendantaliste, l'infini est l'un. Ce qui n'est pas divisible et qui échappe aux critères de la représentation finie. Le réel n'est pas fini, parce que l'infini correspond à l'incomplétude. On représenta l'infini comme le complet par excellence. C'est la thèse de Platon, gardien hellène des traditions égyptiennes. Thèse simple : si l'infini ne se laisse pas définir, c'est qu'il n'existe pas en tant que tel. Thèse complémentaire : l'univers n'est pas entropique. Il est antientropique, c'est-à-dire qu'il se développe pour pallier à l'incomplétude. Le principe inexplicable de l'invisibilité de l'incomplétude, voire de son caractère incompréhensible, s'explique par le fait que la complétude n'existe pas. L'infini n'existe pas. Dieu est absolu en ce qu'il a créé l'infinité des mondes pour pallier à son incomplétude. Le synonyme d'infini est incomplétude - pas complétude.

mardi 5 janvier 2010

Dans le processus d'ordonnation, la finitudisation n'est jamais possible si elle englobe l'entièreté du champ du réel. Il importe que le réel déborde toujours de manière incalculable et infini le processus d'ordonnation fini. Justement, quel est ce débordement? C'est le signe que le réel est toujours pris entre le processus d'ordonnation de nature finie et la nature du réel qui ne saurait en aucun cas se limiter au fini. Dans le champ du fini, on a l'infinie réduplication des indéfinis horizons finis, cette structure d'univers parallèles infinis s'emboîtant à la manière des poupées russes. Mais le cadre d'un horizon fini implique pour être pérenne que l'infini soit reconnu et traduit dans le cadre fini de cet horizon. Tout cadre fini comporte son infini. C'est la raison pour laquelle l'horizon immanentiste n'est pas viable et ne fait que donner un sens fini à la fin de l'horizon transcendantaliste. Alors que le transcendantalisme reconnaissait l'infini au-delà de son horizon fini, l'immanentisme finitudise l'infini en rapportant l'infini à l'indéfini des processus finis. Spinoza évoque l'infinité des attributs et des modes en s'en tenant à une définition irrationaliste et indéfinissable de l'infini : l'incréé. Ce qui n'est pas créé est ainsi réductible au processus de finitudisation, car seule la création peut respecter la constante imbrication des horizons finis avec la présence de l'infini. Le refus de l'acte de création indique le refus de l'infini, autrement dit sa réduction à du fini infini.

mercredi 30 décembre 2009

Dans la conception cartésienne, l'univers existe en tant que donné. Dieu a créé l'univers, mais n'y est plus présent une fois l'univers créé. C'est le deux ex machina qui intervient dans cet univers de manière miraculeuse - quasi étrangère. Pour demeurer dans le dogme chrétien, Descartes postule son deux ex machina. Également pour une raison métaphysique : permettre une explication plausible de son système. Sans son deux ex machina, l'ontologie cartésienne est rigoureusement fausse. Dieu n'intervient par magie (de temps en temps) qu'au prix du viol des lois de l'univers matériel défini par Descartes. Selon la conception des ontologues classiques, emmenés par Platon, et des théologiens chrétiens, incarnés par Saint Augustin, la liberté est un mystère arationnel en ce qu'elle dépend de Dieu tout en gardant l'autonomie de la créature par rapport à son créateur.
Dans la conception mécaniste, que défendent Aristote et Descartes, avec des variations sur le même thème, la nécessité rend caduque la liberté. Cette nécessité est certes irrationnelle et partielle, puisqu'une certaine part de liberté tout aussi irrationnelle est sauvegardée par Descartes. Spinoza se verra comme l'ontologue-dissident par excellence en ce qu'il théorise avec un soin rationnel très spécieux la nécessité et qu'il rapporte la liberté à la puissance. En réalité, l'examen du système spinoziste indique qu'il est tout sauf un rationaliste, mais un irrationaliste qui est incapable de définir les fondements de son ontologie, à commencer par ce concept biscornu et bancal d'incréation. Dans les deux systèmes, on ne parvient jamais à définir adéquatement la liberté.
1) Dans le système classique de type transcendantaliste, l'on a l'impression d'une plus grande cohérence, mais d'une redondance inexplicable de cette liberté.
2) Dans le système immanentiste dissident (et fier de l'être), l'annonce triomphaliste de la cohérence de la liberté entendue comme nécessité est suivie d'un manque manifeste de cohérence et de sens. L'immanentisme ne parvient jamais à triompher du manque transcendantaliste, mais propose une définition indéfinissable en lieu et place de la définition classique. C'est la manière usuelle pour l'immanentisme de dépasser le transcendantalisme par la supériorité de l'impossible. C'est aussi en quoi l'immanentisme est nihilisme.
Par rapport à ces deux systèmes, le système classique et son successeur immanentiste, qui est devenu dominant et qui n'est pas à l'aise dans ce costume de faux subversif et faux marginal, le néanthéisme propose une interprétation plus cohérente et enfin explicable : tout se passe en termes d'incomplétude. La grande nouveauté tient dans l'incomplétude. Tant que l'on jauge en termes de complétude, on ne parvient pas à expliquer tout à fait de manière cohérente.
1) Du côté de la complétude transcendantaliste, le véritable transcendantalisme ne parvient pas à expliquer le passage de la complétude idéale à l'incomplétude sensible - de la complétude du tout à l'incomplétude de la partie.
2) Du côté de la complétude immanentiste, cette complétude-là est perverse car elle ressemble furieusement à de l'incomplétude transcendantaliste qui sans aucun changement notoire se déclarerait miraculeusement et subitement complète. Le désir complet à la sauce Spinoza est avarié car il repose sur un changement inexistant, fondé seulement sur l'arbitraire capricieux d'un volonté sans doute insatisfaite.
Reste le néanthéisme qui intronise l'incomplétude en lieu et place de l'incomplétude. Selon le transcendantalisme, la complétude existe en tant que tout (idéal). Selon l'immanentisme, la complétude existe en tant que partie. Selon le néanthéisme, la complétude n'existe pas. Dieu est incomplétude. Dieu dispose du pouvoir (incomplet) de créer le monde, puis d'en connaître l'évolution, mais il n'agit pas sur le monde qu'il a créé. Il a créé le monde et ce sont les parties créées qui agissent selon leur création.
Autant dire que les créatures agissent suivant l'impulsion du créateur et que l'incomplétude est le seul moyen d'expliquer la liberté de la créature à l'égard de sa création - et de son créateur. La liberté reprend sens, alors que dans la conception immanentiste, non seulement la liberté n'avait plus de sens, mais la définition de la liberté la ravalait à un accroissement de puissance aussi dérisoire qu'immaîtrisé.

vendredi 18 décembre 2009

Dans le système transcendantaliste, les idées popularisées par Platon tiennent lieu de lien transcendant. Dans l'immanentisme, les concepts interdisent tout rapport transcendantaliste et rompent avec l'idée en ce que ce sont des idées finies ici et maintenant, hic et nunc, qui accoucheront, dans un sens peu maïeutique, des idéologies. Dans le néanthéisme, le reflet institue le rapport d'enversion. Le rapport de prolongement devient d'enversion. C'est dans un sens délicieusement polysémique, de la réflection. La réflection est de la réflexion qui change le statut des idées en idées d'enversion.

mercredi 16 décembre 2009

Quand on assiste à la naissance d'un être, c'est le spectacle de la sortie d'un petit corps du corps maternel qui frappe le plus. L'émotion est dans cet englobement que la figure de la poupée russe marque le plus. D'où le mythe platonicien d'origine universelle, et plus précisément d'origine égyptienne et de tradition africaine (et non perse) : le sensible est partie intégrante d'un grand corps qui est le Tout ou l'Un. Cette tradition, Platon ne l'a pas inventée, tout au plus répétée avec son brio coutumier.
Le prolongement aboutit au mythe de l'englobement, selon lequel prolonger, c'est contenir. Le changement de conception et de représentation avec le néanthéisme, c'est que le prolongement devient enversion et que l'englobement devient le morcèlement indéfini. Dans le rapport transcendantaliste, la complétude existe, alors que dans le remplacement de la notion d'Être par celle de néant, l'incomplétude seul existe et explique pourquoi l'Être est aussi absent, aussi invisible, aussi inatteignable, aussi indéfinissable.